Appel à communications pour la journée d’étude « Voisinages en Asie »

Le groupe de recherches Populations japonaises (IFRAE-CRCAO) organise une journée d’étude ayant comme thème “Voisinages en Asie” le 16 juin 2020 à l’Inalco (65, Rue des Grands Moulins, 75013, Paris).

La date limite pour l’envoi des propositions est fixée au 22 mars 2020.

Détails de l’appel à communications :

Loin de s’être intégralement dissoute dans le contexte de la mondialisation, de l’accroissement contemporain des mobilités et du développement des outils numériques, la question des rapports de voisinage apparaît comme un thème d’étude riche et vivace. Les discussions sur cet objet d’étude transversal se retrouvent ainsi dans des disciplines variées telles que la sociologie, l’anthropologie, l’histoire, la géographie et les sciences politiques : nous pouvons par exemple citer les recherches en rapport avec le quartier (Authier, Bacqué & Guérin-Pace, 2007 ; Yatabe, 2007 ; Tissot, 2011), avec l’administration locale ou la démocratie (Putnam 1993 ; Le Bart & Lefèvre 2005) ainsi qu’avec la question de la décroissance urbaine (Fol & Cunningham-Sabot 2010 ; Buhnik, 2015).

Dans le prolongement de ces travaux, cette journée d’étude vise à créer un lieu d’échange entre chercheurs d’un objet d’étude au croisement de plusieurs disciplines. La notion de voisinage s’apparente en effet à un « concept fluide » (Forrest, 2007), qu’elle dénote un découpage administratif, une conception liée à un processus de participation tel qu’un comité de quartier, ou enfin une catégorie socialement construite dans le temps par les pratiques des résidents (Ibid.). Les relations vicinales peuvent dès lors s’avérer très variées : il conviendra d’en cerner et d’en sérier les contours, pouvant recouvrir des entités plus ou moins larges telles que l’arrondissement et le centre-ville, mais également des rapports microlocaux noués dans la rue ou au sein de la résidence (Authier, 2008).

L’enjeu de cette journée d’étude consiste à croiser les analyses sur la manière dont évoluent les liens de voisinage dans les pays d’Asie, dans un contexte où les évolutions démographiques dessinent, dans le cas de l’Asie de l’Est, comme une « modernité compressée » (Chang 2010), qui s’accompagne d’intenses changements sur les plans économique, social et culturel. Il sera également intéressant de réfléchir aux transferts de modèles entre pays, qui peuvent être en rapport avec l’histoire coloniale (Yoshihara, 2000). Il s’agira donc notamment de mettre en question les discours portant sur les spécificités culturelles tels que le groupisme ou la réduction aux traditions propres à un pays. Enfin, nous nous intéresserons aux rapports des riverains aux autorités publiques, ainsi qu’au sein des communautés de voisins elles-mêmes, en considérant les formes de mobilisation de la société civile observables dans ce cadre.

Deux dimensions retiendront particulièrement notre attention : 1) les divers enjeux politiques sous-tendus par le voisinage, mettant en lumière les rapports de pouvoir qui existent entre national et local, 2) les interactions sociales et économiques afférentes, en lien notamment avec l’inscription locale du classement social, voire avec leurs représentations dans l’art et la littérature à travers la figure du voisin. Des contributions provenant de différentes disciplines sont ainsi les bienvenues.

Axe 1 : Organisations locales et rapports aux pouvoirs

Cet axe interroge en premier lieu les rapports de pouvoir entre national et local, liés notamment à la notion de gouvernance, à sa critique ainsi qu’aux différentes formes de mobilisations et de mouvements sociaux au niveau local. Il vise à examiner le rôle du voisinage en matière politique ainsi que la place des habitants dans les rapports de force qui se réalisent à l’échelle locale. Pour ce faire, il apparaît primordial de ne pas réduire une telle question à l’allégation d’une spécificité culturelle non plus qu’à la négation du rôle des organisations de voisinage.

En effet, au Japon, les recherches menées sur les communautés de quartier appelées chōnaikai ou jichikai ont eu tendance à souligner deux principaux aspects (Yoshihara, 2000) : d’une part, elles comprennent ces organisations comme allant à l’encontre de la modernisation et de l’urbanisation, notamment en raison de leur proximité avec les autorités locales et parce qu’elles accordent plus d’importance à la hiérarchisation plutôt qu’à l’autonomie des individus ; d’autre part, certaines explications ont mis l’accent sur la spécificité culturelle, qui conduirait les Japonais à agir en contraste avec la théorie de l’urbanisme de Wirth (1938) prévoyant la diminution croissante des relations liées aux groupes de proximité. Or, nous pouvons constater, qu’existe dans d’autres pays d’Asie, des communautés de quartier comparables, composées de riverains cherchant à résoudre les problèmes locaux ainsi qu’à promouvoir l’attractivité de leur quartier.

Ainsi, envisager une perspective plus large, incluant plusieurs pays asiatiques, permet d’approfondir les réflexions sur la démocratie locale, en rapport avec les jeux de pouvoirs entre riverains et autorités publiques, l’impact du changement démographique (Pinet, 2018), le rôle des habitants dans les services locaux (sociaux, sanitaires, juridiques et scolaires). Il est intéressant d’analyser la manière dont les quartiers s’avèrent construits à travers les relations et oppositions entre acteurs, en abordant les inégalités spatiales (Peyvel & Gibert, 2018). La réflexion peut également porter sur la manière dont des concepts provenant d’autres pays se trouvent traduits (Hassenteufel & Maillard, 2013), à l’instar de la notion de « community ».

Axe 2 : Interactions sociales et économiques

Cet axe interroge notamment des classements sociaux et/ou des catégorisations ethno-raciales à l’œuvre au niveau du voisinage, en mettant en rapport la question des inégalités sociales avec celle des changements urbains. Il s’agit donc d’analyser les formes de réciprocité ou de non-réciprocité observables dans l’échange vicinal, mais aussi les phénomènes d’isolement, de repli sur soi ou d’exclusion, ainsi que les stratégies de distinction des catégories supérieures (Paugam et al., 2017).

Nous pourrons, dans ce cadre, considérer les effets du lieu de vie sur les réseaux des riverains ainsi que la construction de l’identité sociale (Guérain-Pace, 2007). Seront également prises en compte les initiatives publiques ou privées, visant à promouvoir l’entraide ou la mobilisation au niveau du voisinage, encourageant la lutte contre les phénomènes d’exclusion, mais également les mécanismes participant à des catégorisations de populations.

Dans le prolongement de ces réflexions, nous pourrions également nous intéresser aux figures du voisin dans les arts et dans la littérature. Car le voisin, si proche, peut s’avérer, à bien des égards, un inconnu. C’est cette dialectique du proche et du lointain, ce portrait d’un « autrui qui n’est pas tout à fait anonyme puisque je sais qu’il habite là » (Drulhe, Clément, Mantovani et al., 2007) qu’il pourrait être intéressant d’explorer, en mettant en évidence sa fécondité littéraire ainsi que la portée sociale voire politique des œuvres concernées. Les pistes d’exploration apparaissent ici ouvertes tant en matière de corpus d’étude qu’en termes d’approche critique.

Candidature et calendrier

Cette journée vise à constituer un lieu d’échanges entre discipline, pour les chercheurs s’intéressant aux dimensions socio-spatiales dans divers contextes politiques, sociaux, juridiques, géographiques et historiques de l’Asie. Les contributions de différentes disciplines sont ainsi les bienvenues, et pourront constituer les bases d’une réflexion commune autour d’un objet transdisciplinaire, dont les contours demeurent à appréhender.

Les propositions compteront de 3 000 à 4 000 signes (tout compris) et devront présenter l’objet étudié, sa problématisation, les matériaux exploités et les modalités de leur production et de leur analyse.

Elles devront être envoyés avant le 22 mars, sous un format modifiable (docx, odt, rtf), par courriel à l’adresse suivante : jdevoisinage@gmail.com. Les candidat.e.s seront informé.e.s  au plus tard le 20 avril de la réponse du comité.

Comité scientifique

Jean-Michel Butel (IFRAE/INALCO)

Sébastien Colin (IFRAE/INALCO)

Marie Gibert-Flutre (CESSMA/Université de Paris)

Hui-Yeon Kim (IFRAE/INALCO)

Isabelle Konuma (IFRAE/INALCO)

Comité d’organisation

Naoko Tokumitsu-Partiot (INALCO)

Jean-Michel Butel (INALCO)

Contact

Naoko Tokumitsu-Partiot : naoko.partiot@inalco.fr