La SFEMT a le plaisir d’annoncer la tenue, dans le cadre du Cycle de Conférences SFEMT 2026/2027, de la conférence suivante :
Une note sur le tibétain ga gon, toponyme et phytonyme : guerres, religions et cucurbitacées sur les routes de la soie
par Thomas Kerihuel
le jeudi 8 octobre 2026 à 18h00
Zoom : https://shorturl.at/OHyOZ
Résumé de la conférence :
Cucurbitacée ou navet, territoire nordique ou royaume occidental, mais également nom d’un disciple du bouddha Śākyamuni, ou encore un terme désignant le plomb (ou l’étain ?), le tibétain “ga-gon” porte de multiples significations.
Ga-gon semble être un toponyme – peut-être situé dans la région de Dunhuang – dans le plus ancien document le mentionnant, le manuscrit de Dunhuang PT 1118. Quelques chroniques historiques plus tardives, d’auteurs bouddhistes ou bon-po, incluent Ga-gon parmi les conquêtes au nord réalisées à l’époque du btsan-po Khri ’Dus-srong (685-704), ou au début du règne de Khri Srong-lde-btsan (756-797). D’autres textes à caractère plus mythologique, issus de la tradition bon, évoquent plutôt un royaume situé à l’Ouest, au sTag-gzig, ou peut-être au Zhang-zhung.
Ga-gon en tant que phytonyme apparaît dans notre documentation dès l’époque de la Mahāvyutpatti (début IXe siècle). Les lexiques sanskrit-tibétain et les dictionnaires (unilingues et bilingues) permettent en partie de suivre l’évolution du sens : d’abord une cucurbitacée (concombre, melon, ou coloquinte), puis une variété de navet (nyung-ma). L’examen des textes, traduits du sanskrit ou produits en tibétain et traitant le plus souvent de médecine ou de discipline monastique, révèle comment l’usage parallèle des deux significations (avec de possibles variations dialectales) est susceptible d’entraîner des divergences d’interprétation chez les commentateurs.
Le phytonyme ga-gon semble par ailleurs cognat de mots désignant généralement le melon – ou parfois d’autres cucurbitacées – dans plusieurs langues modernes ou médiévales, de Haute Asie et d’Asie Centrale. Un bref aperçu sur la diffusion et l’histoire de cette plante dans la région, permet de réévaluer, réinterpréter peut-être, certaines occurrences de ga-gon dans les textes tibétains, et d’interroger le lien entre le phytonyme et le toponyme.