Journée doctorale SFEMT : Recherches en cours sur l’aire culturelle tibétaine

La SFEMT a le plaisir d’annoncer la tenue de sa journée doctorale :

Recherches en cours sur l’aire culturelle tibétaine

qui se tiendra le 2 juin entre 9h00 et 17h50

La journée, qui se déroulera en accès restreint dans l’Auditorium de Rue de Lille de l’INALCO (2, rue de Lille Parsi 75007), sera accessible à tous en ligne, via le lien Zoom (https://zoom.us/j/91539471738).

Programme de la journée :

Mercredi 2 juin 2021 (9h00-17h50)
09h00-09h10 | Mot d’accueil de la présidente de la SFEMT (Alice Travers, CNRS-CRCAO)
09h10-09h50 | Liu Chang, EPHE-CRCAO : « Les jeunes artistes contemporains à Lhasa et leur pratiques
artistiques ». DISCUTANTE : Amy Heller, Université de Berne / CRCAO
09h50-10h30 | Jean-Baptiste Georges-Picot, EPHE-CRCAO : « Placer le Minyak Rabgang sur une carte (XIIIe
-XVIe siècles) : sources disponibles et difficultés ». DISCUTANTE : Fabienne Jagou, EFEO-IAO

10h30-10h50 | Pause

Présidente de séance : Camille Simon, INALCO-LACITO
10h50-11h30 | Estelle Atlan, EPHE : « Une histoire religieuse sans vestiges ? Pèlerins, yogis et ermites Drukpa (’brug pa) en Ngari Korsum (Tibet Occidental) du XIIIe au XVIe siècle ». DISCUTANTE : Cécile Ducher, Numata Invited Professor of Buddhist Studies, Université de Vienne
11h30-12h10 | Wang Zixi, Université Paul Valéry-Montpellier 3-DIPRALANG : « L’éducation en mongol à Sogpo : de la renaissance au déclin ». DISCUTANTE : Julie Lefort, CRLAO
12h10-12h50 | Mathieu Beaudouin, INALCO-CRLAO : « Un aperçu verbal de la contribution du tangoute à la linguistique trans-himalayenne ». DISCUTANT : Nicolas Tournadre, Aix-Marseille Université-LACITO / Institut Universitaire de France

12h50-14h00 | Pause méridienne

Président de séance : Nicolas Sihlé, CNRS-CEH
14h00-14h40 | Qiujie Chen, EPHE-CRCAO : « Understanding the Kezhan Subculture in Lhasa: An Intertwined History of Lifestyle Mobility, Tourism Economy and Landscape ». DISCUTANTE : Béatrice David, Université Paris-8-UMR LEGS
14h40-15h20 | Maria Coma, INALCO-IFRAE / Université de Barcelone : « La fille qui mangeait des fleurs. Réflexions sur la renaissance d’humains et d’animaux dans une communauté pastorale de l’Amdo ». DISCUTANT : Charles Ramble, EPHE-CRCAO
15h20-16h00 | Chandra Chiara Ehm, EPHE-CRCAO / Ludwig Maximilians Universität : « Yellow hats, Indian pandits, and practice in the Geluk order ». Discutante : Ulrike Roesler, Faculty of Oriental Studies, Université d’Oxford

16h00-16h20 | Pause


Présidente de séance : Xénia de Heering, EHESS-CECMC
16h20-17h00 | Wang Yuewei, EPHE-CRCAO : « The evolution of Gnyan chen thang lha: a research about the
sacred kingship and mountain god of Tibet ». DISCUTANTE : Katia Buffetrille, EPHE-CRCAO
17h00-17h40 | Chloé Lukasiewicz, Université Paris-Nanterre-CREM-LESC-CNRS : « Ecouter par soi, exprimer pour l’autre dans la communauté réfugiée tibétaine de Dharamsala (Inde) : l’évaluation de l’écoute musicale comme approche ethnomusicologique ». DISCUTANTE : Isabelle HenrionDourcy, Université Laval

17h40-17h50 | Clôture de la journée (Françoise Robin, INALCO-IFRAE)

Résumés des présentations :

Les jeunes artistes contemporains à Lhasa et leurs pratiques artistiques – Liu Chang, doctorante en langues, civilisations et sociétés orientales (EPHE-CRCAO)

A partir du XXe siècle, nous voyons que deux grandes vagues d’intérêt chinois pour le Tibet ont émergé. L’une est le « mouvement de renouveau tantrique » (mijiao fuxing yundong 密教复兴运动) au début du XXe siècle, l’autre a été considérée comme une « fièvre tibétaine » (xizang re 西藏热) plus généralisée depuis les années 1980 (Bianchi 2014). Mue principalement par l’attraction qu’exercent le bouddhisme tibétain et les caractéristiques exotiques et mystérieuses du Tibet, cette dernière vague est également devenue extrêmement influente dans le domaine de la culture populaire (publications, tourisme et médias en particulier), surtout dans les grandes villes. Cependant, compte-tenu de la popularisation du bouddhisme tibétain dans le domaine de la culture populaire et du développement des réseaux sociaux, les gens ont déjà une connaissance relativement bonne du Tibet. Par conséquent, la curiosité prononcée qui stimulait en Chine le tourisme et la communication autour du Tibet a subi des modifications. En d’autres termes, l’intérêt chinois pour le Tibet a tendance à être plus sophistiqué, syncrétique et complexe. L’art contemporain du Tibet est en train d’être désenchanté, normalisé, d’être présenté d’une manière plus individualisée. Les jeunes artistes tibétains de nos jours commencent à prendre le chemin de l’innovation — leur utilisation des éléments traditionnels tibétains ne suivent plus un modèle de déconstruction symbolique ou typique, et leurs centres d’intérêts se sont étendus. Le marché de l’art reste toujours un indicateur tardif, ce qui signifie un décalage entre la nouvelle mode des artistes et les attentes du marché. De ce fait, les jeunes artistes tibétains semblent avoir un environnement favorable et prospère, mais avec les limites politiques, financières et le changement d’intérêt des collectionneurs, l’espace des jeunes artistes devient certainement problématique. En conséquence, la problématique de cette recherche serait : dans le contexte actuel de la « post-fièvre de culture tibétaine » en Chine, comment les jeunes artistes des régions tibétaines répondent à ces nouveaux défis, s’engagent dans une discussion souvent présentée dans les cercles académiques — la conservation des traditions versus l’innovation de l’identité tibétaine (Kolås, Thowsen 2005) — pour créer leur espace dans le monde de l’art contemporain. Dans cette intervention, je me focaliserai sur un groupe d’artistes actifs à Lhasa nés après les années 1990 et sur leurs pratiques artistiques, notamment la peinture de chevalet, la conception graphique et le design culturel et créatif, toutes les données étant issues de mon terrain à Lhasa depuis mai 2020 jusqu’à présent. Ma présentation mettra l’accent sur mon étude de terrain (avec une approche qualitative) dans la Région Autonome du Tibet et dans la province du Sichuan, ce qui me permet d’obtenir une image concrète du développement de l’art contemporain tibétain. Mes méthodes de terrain comprennent des entretiens semi-directifs, l’observation des participants, des questionnaires vers les Tibétains et la collecte des œuvres d’art, notamment des peintures, des installations, des vidéos et des tableaux digitaux.

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Placer le Minyak Rabgang sur une carte (XIIIe-XVIe siècles) : sources disponibles et difficultés – Jean-Baptiste Georges-Picot, doctorant en histoire de l’art (EPHE-CRCAO)

Notre thèse est consacrée à six chapelles peintes du Minyak sur les marges orientales du Khams. Leurs riches peintures ont vraisemblablement été réalisées entre 1450 et 1550, à une époque où cette région était un important carrefour commercial entre le Tibet et la Chine. Alors que l’importance croissante de cette région à compter du XIIIe siècle a été soulignée par plusieurs études, son histoire avant le XVIIIe reste mal connue et peu étudiée dans les travaux occidentaux. Afin de d’apporter des éléments de contexte à notre travail doctoral, nous nous sommes efforcés d’en esquisser une histoire. Notre présentation s’articulera en deux temps. Une première partie listera quelques-unes des difficultés rencontrées : multiplicité des toponymes, intérêts très différents des sources tibétaines et chinoises et tendance des études produites en Chine à ne pas citer leurs sources.  Si la revue critique des travaux existants a permis de proposer une histoire de la région fondée sur des sources, elle en a aussi considérablement réduit la substance. Nous avons tenté de l’enrichir en croisant des mentions disséminées dans différents travaux et en les complétant par des sources encore peu utilisées. Le résultat de ce travail sera présenté dans le second temps de notre présentation.

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Une histoire religieuse sans vestiges ? Pèlerins, yogis et ermites Drukpa (’brug pa) en Ngari Korsum (Tibet Occidental) du XIIIe au XVIe siècle – Estelle Atlan, candidate doctorante en histoire et philologie (EPHE)

Avant l’annexion des territoires de Gugé et Purang en 1684 par le gouvernement du Ganden Phodrang établi à Lhasa en 1642, le « Tibet occidental » de Ngari Korsum constituait un immense territoire himalayen s’étendant du Cachemire à l’Ouest jusqu’aux portes du Tsang à l’Est. Il incluait le Mont Kailash, référence centrale majeure de la géographie locale et site sacré magnétique pour les pèlerins et les ermites du monde tibétain. Au XVIIe siècle, la région était dirigée par une alliance de rois et seigneurs au sommet de laquelle régnaient les prestigieux monarques du Ladakh. Tout au long du XVIIe siècle, la plupart des familles qui gouvernaient, qui présentèrent une résistance commune au projet d’hégémonie tibétaine, semblent avoir activement soutenu des yogis « vêtus de coton » (ras pa) affiliés à la lignée Drukpa du bouddhisme tibétain, qui vagabondaient en pèlerinage et enseignaient dans des ermitages reculés, laissant peu de trace de leur présence. Ma recherche doctorale porte sur les liens que nouèrent les souverains locaux et ces ermites en cette période tumultueuse de l’histoire politique et religieuse himalayenne. Je propose ici de présenter, à l’aide d’éléments biographiques et de vestiges matériels, quelques antécédents historiques datant du XIIIe au XVIe siècle. Ces antécédents sont mal connus mais constituent probablement un fondement essentiel des relations particulières qui se développèrent au XVIIe siècle.

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L’éducation en mongol à Sogpo : de la renaissance au déclin – Wang Zixi, doctorante en sciences du langage (Université Paul Valéry-Montpellier 3, DIPRALANG)

En tant que district autonome mongol entouré par les régions tibétaines, Sogpo (appelé aussi district de Henan) fait partie d’un territoire chargé d’historicité floue, de chaos ethnolinguistique et de confusion identitaire. Le flou identitaire réside non seulement dans l’identification nationale, mais aussi dans l’auto-identification des habitants locaux qui comprennent des Mongols tibétanisés et des Tibétains s’enregistrant officiellement comme Mongols. Pour développer la conscience ethnique des Mongols locaux, Sogpo s’engage, à partir des années 1980, dans la renaissance de la culture et la langue mongoles, en proposant l’enseignement en mongol, d’abord dans les zones périphériques — en 1985 à Kesheng (tib. Khos sun) et en 1989 à Sai’erlong (tib. Gser lung) — avant de le généraliser à l’ensemble du territoire du district. Cependant, l’éducation en mongol n’y a persisté qu’une dizaine d’années, avant la fermeture de la dernière classe mongole en 2002. La présente communication se fonde sur un travail de terrain qui s’est déroulé de novembre 2020 à janvier 2021, soit presque vingt ans après la disparition de l’éducation en mongol à Sogpo. Notre enquête de terrain a montré des réponses très différentes, même opposées, de la part de nos informateurs d’origine mongole ou tibétaine concernant les raisons de l’échec de l’éducation en mongol. Nous nous attacherons donc à explorer pourquoi la tentative de renaissance de la langue mongole a été vouée à l’échec à Sogpo. Nous cherchons aussi à appréhender ce qui se cache derrière les interprétations contradictoires qu’en font les différentes communautés ethniques qui y cohabitent et entretiennent entre elles un rapport de tensions subtiles.

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Un aperçu verbal de la contribution du tangoute à la linguistique trans-himalayenne – Mathieu Beaudouin, doctorant en linguistique (INALCO, CRLAO)

Le tangoute, langue médiévale de l’empire des Xia de l’Ouest (1038-1227) a connu dans la dernière décennie d’importants changements relatifs à la manière d’appréhender son étude. Si depuis les grandes excavations de l’expédition Kozlov (1908) l’approche descriptive a globalement été l’œuvre de philologues, la documentation de langues de la famille rgyalronguique (sous-taxon du qianguique parlé dans la partie sichuanaise du Tibet historique), et plus particulièrement sa branche ouest, a, en révélant la proximité avec le tangoute, fait définitivement rentrer cette langue au sein du cadre d’investigation méthodologique des trans-himalayanistes (ou sino-tibétanistes). Ce cadre, qui conjugue analyses synchroniques de terrain et souci classificatoire relatif à l’histoire des différentes familles, a déjà permis quelques avancées qui ont offert, via le point de vue tangoute d’une part, des explications diachroniques intéressant la famille rgyalronguique dans son entièreté, et d’autre part, via le point de vue des langues horpa, des explications concernant la grammaire du tangoute pour elle-même, en synchronie. Mon analyse s’est récemment focalisée sur la rédaction d’un article (en relecture), consacré aux similitudes morpho-syntaxiques entre tangoute et horpa, en particulier le geshiza ; deux autres travaux sont actuellement en cours : une étude précisant les correspondances phonétiques entre tangoute et geshiza, et la présentation d’une hypothèse résolvant une des dernières alternances de thème non élucidée en tangoute, non liée à l’accord mais plutôt au temps. La présente communication est structurée en deux grandes parties : après un aperçu introductif de la méthode de travail employée, au cours duquel est entrevue la proximité entre tangoute et horpa, je présenterai quelques découvertes relatives au système verbal : gabarit, alternances et TAME (notamment évidentialité). Au long de cette présentation, afin de mesurer la distance entre tangoute et horpa, le tibétain standard et le chinois sont pris comme référents.

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Understanding the Kezhan Subculture in Lhasa: An Intertwined History of Lifestyle Mobility, Tourism Economy and Landscape – Qiujie Chen, doctorante en anthropologie sociale (EPHE-CRCAO)

With the rapid expansion of tourist enthusiasm regarding the Tibetan Plateau since 2006, small-scale hostels (pinyin: kezhan) in Lhasa have seen their numbers rise quickly and have become a cultural icon for domestic tourists, while relevant academic research remains scarce. Even though Lhasa’s hostel sector may at the first glance seem to be monopolized by businessmen from the inland, recent fieldwork suggests that most of the owners can hardly be classified as economic migrants since they temporarily relocate to Lhasa in search of a different lifestyle instead of better economic opportunities. This important characteristic not only results in a unique business model involving the proactive roles of local residents, but also has an impact on the general Chinese youth subculture today. To understand the phenomenon, this paper adopts a new theoretical framework built upon the concept of “lifestyle migrants” (Benson and O’Reilly, 2009), which differs from the concepts of labour migration and ethnic tourism through which this topic has been often discussed. It traces the history of the lifestyle mobility to Lhasa and the nature of the hostel business in urban Lhasa’s tourism sector owned by lifestyle migrants, with a further exploration of the ever-changing cultural landscape of Tibet presented in Chinese popular culture since the beginning of the new millennium. Additionally, the paper attempts to discuss the intertwined relations among the abovementioned three aspects in the construction of the hostel subculture.

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La fille qui mangeait des fleurs. Réflexions sur la renaissance d’humains et d’animaux dans une communauté pastorale de l’Amdo – Maria Coma, doctorante en anthropologie sociale et culturelle (INALCO–IFRAE / Université de Barcelone–Département d’Anthropologie)

L’idée qu’un nouveau-né puisse être reconnu, peu après sa naissance, comme la réincarnation d’une personne récemment décédée est commune dans beaucoup de sociétés. Au Tibet, depuis au moins le XIIe siècle, on a consacré beaucoup d’efforts au suivi de la trajectoire de certains « flux de conscience » ou namshe (tib. rnams shes) humains privilégiés, à travers le cycle de renaissances. En effet, la notion de continuité du flux de conscience au long des vies successives est à la base de l’institution du tulku (tib. sprul sku) ou « corps d’émanation », système de succession ecclésiastique propre au bouddhisme tibétain. Or, cette attention au devenir des namshe des défunts n’est pas cantonnée au seul cas des tulku. Il est commun, au moins dans certaines régions, d’identifier les vies passées des membres ordinaires d’un groupe de parenté ou d’une communauté. L’attention aux rêves des femmes enceintes, aux marques physiques sur les corps des enfants en bas âge ainsi qu’à leur comportement permet de faire le lien entre les nouveau-nés et les défunts de la communauté. Et qu’en est-il des animaux non-humains, êtres sensibles eux aussi inclus dans le cycle des renaissances ? Les pasteurs nomades, sur lesquels porte ma recherche, postulent-ils que les namshe de leurs animaux prennent des nouvelles vies ? Sont-elles des vies animales, des vies humaines ? Est-il possible d’identifier leurs trajectoires ? Que cela nous indique-t-il sur le rapport entre humains et animaux dans ces communautés dans lesquelles éleveurs et troupeaux vivent, travaillent et se déplacent ensemble ? Cette présentation est basée sur des entretiens réalisés en 2018 avec plusieurs membres d’une communauté pastorale de l’Amdo. Les récits de renaissance partagés par mes interlocuteurs et qui réunissent humains et animaux nous permettront d’explorer les frontières entre différentes catégories d’êtres et les possibilités de passage entre ces différents domaines d’existence. Cette recherche entre dans le cadre plus général de ma réflexion sur la complémentarité des rapports entre humains et non-humains et sur la fluidité des catégories.

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Yellow hats, Indian pandits and practice in the Geluk order – Chandra Chiara Ehm, doctorante en anthropologie (EPHE-CRCAO) et en sciences religieuses (Ludwig-Maximilians-Universität)

In this presentation, I want to discuss my dissertation project which analyses the fundamental Buddhist debate on the division of the Buddha’s doctrine into scriptural teachings and practice instructions; and in particular the relationship between scriptural teachings and practice instruction within the Geluk school of Tibetan Buddhism. I will do so by way of an in-depth philological analysis of two Geluk scholars’ practice manuals on the Abhisamayālankāra (AA) — the locus classicus for Tibetan scholastic interpretations of the Buddhist path. These manuals are supposed to outline how one is to use one’s philosophical studies of the AA as a means for both spiritual practice and experience on a soteriological path. Considering the exegetical coherence scholasticism in the Geluk order has enjoyed over the centuries, previous academic works exploring these traditions have primarily relied on philological and historical tools in their analyses, simply deducing from these theoretical models and debates how the actual monk would apply them. Therefore, I would like to inquire further by looking into Buddhist empiricism or, in other words, the application of Buddhist theoretical paradigms, and look at the order’s scholastic traditions, monastic communities, and how the modernisation of Tibetan society has led to adjustments of their scholarship and practice. I finally plan to juxtapose scriptural teachings depicting the ideal spiritual path with their practice instructions, as outlined, for example, in the AA, and to compare and contrast these practice instructions with the actual practice traditions of contemporary monastic scholars.

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Mountain gods and the celestial kingship: Gnyan chen thang lha and the sky hierophany in early Tibet – Wang Yuewei, doctorante en langues, civilisations et sociétés orientales (EPHE-CRCAO)

My presentation focuses on the famous mountain god Gnyan chen thang lha and discusses the evolution of its identity as well as its characteristics relating to kingship and the relationship between the mountain god and kingship in the two ideological stages of Tibet (pre-Buddhism and Buddhism). During the pre-Buddhist stage, “patrilineal blood kinship” was the fundamental relationship between the Tibetan celestial kingship, the supreme sky gods, and the mountain gods in the mythological logic. Mountain gods’ identity and function were the substitution god, the ancestral god, and the kingship god. In the second half of the 8th century AD, when the orthodox monastic religion developed in Tibet, this “patrilineal blood kinship” has been re-written by the new religious authority. The “tamer to tamed” relationship between religious masters and mountain gods and the latter’s new identity as “dharma protector/assistant” became the novel construction of the Tibetan mountain gods. Based on Mircea Eliade’s theoretical frame about the three types of sky gods in “Sky Hierophany” (Eliade 1958), I will argue that the three sky god roles in Eliade’s model are actually all “celestial kingship gods” and that the Tibetan sky hierophany revealed in the early myth had its own three celestial kingship god groups. The relationship between the three celestial kingship god groups in early Tibet has formed a triangular structure of kingship cooperation. Moreover, according to the Phya lineage tree in Stod lha rabs, we can consider that the mythological basis of this “Triangle of kingship” was the patrilineal blood kinship between the three sky god groups. These sky hierophany characteristics in the early Tibetan myths explain the syncretic relationship between the mountain and the king in early Tibetan culture, and the ideological foundation of the mountain god Thang lha’s symbolic kingship attribute.

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Ecouter par soi, exprimer pour l’autre dans la communauté réfugiée tibétaine de Dharamsala (Inde) : l’évaluation de l’écoute musicale comme approche ethnomusicologique – Chloé Lukasiewicz, doctorante en ethnomusicologie (Université Paris-Nanterre, CREM-LESC-CNRS)

Comment la musique peut-elle favoriser la cohésion sociale en situation de déracinement ? A quoi tient-on dans l’expérience musicale lorsque l’on est un.e réfugié.e tibétain.e en exil ? Nombre d’études sur les musiques tibétaines hors du Tibet ont proposé de mettre en avant le patriotisme et le rapport au nationalisme comme pierre angulaire. Pour ma part, j’ai choisi de replacer l’écoute musicale individuelle au cœur de l’expérience perceptive, inscrite dans un contexte social et historique donné, pour rendre compte de ce que les auditeurs avaient eux-mêmes à dire sur le paysage musical à Dharamsala. Pour ce faire, j’ai choisi d’adopter une approche axiologique de l’écoute musicale afin de mettre en lumière les éléments sur lesquels se base l’évaluation. En me référant aux travaux d’Heinich, je pars du présupposé que l’acte et le discours évaluatifs sont des moments-clefs permettant d’observer comment un individu se place par rapport au monde et à lui-même. J’ai ainsi choisi de créer mon propre outil axiologique : les Séances d’Ecoute Systématisées (SES). Dans cette communication, je présenterai un chapitre clé de ma thèse portant spécifiquement sur cet outil et sur l’évaluation individuelle des participants à ces séances. Puis j’exposerai les premières données tirées de l’analyse croisée des portraits axiologiques des participants.